vendredi 31 décembre 2010

Our trip to Saguenay

On our way, we had a little scary black ice accident on the road. But we were ok. The car suffered a little, but not enough to spoil our trip. It was super nice trip over all. Amazing nature out there ! And warm boyfriend to spend the nicest time, laugh a lot, eat, play, love !
I'm so thankful for all this year, with Aleix, dancing, travelling, studying, eating, laughing all my soul.

Happy new year everyone !

mardi 7 décembre 2010

Big News !!

I'm officially a member of the "Northern Lights" lindy hop dance team. Hurray !!!!

featuring : Catherine Desjardins, Eric Bertrand, Caroline Rossi , Alain Fragman, Anaïs Sékiné, Adrian Warnock-Graham, Aleix Prats Ferrer, Nardia Tonge, Lunou Samson Poirot, Sylwia Bielec, Putra Manggala, Alain Wong, Christina Rooney (absent on the picture... this lucky one was in Mexico) and the new member : Marc-André Vachon
Special guests : Edyta and Elias

Super super super team ! Super people ! Best team mates I could wish for !
We'll be in the Jump Session Show at Camp Jitterbug (Seattle) + Ultimate Lindy Hop Showdown in New Orleans. Just wait and see :-)

dimanche 28 novembre 2010

Northern Lights team pictures !

Merci à Alex Hetu-Rivard pour ces photos prises au Wax Museum de New Orleans, après la performance de l'équipe.
Pour compléter le portrait, manque Caroline Rossi et Eric Bertrand qui ont mis au monde leur beau bébé Élias le même soir.
En haut, Sylwia Bielec, Adrian Warnock-Graham, Putra Manggala,
Au milieu, Mélanie Huot-Lavoie, Alain Fragman, Joshua Walter, Nardia Tonge, Anaïs Sékiné, Aleix Prats Ferrer, Alain Wong,
En bas, Lunou Samson Poirot, Catherine Desjardins.


mercredi 6 octobre 2010

Tuba Skinny

Mon coup de coeur du week-end, parmi tant d'autres jazz bands incroyables :

<a href="http://tubaskinny.bandcamp.com/album/tuba-skinny">Tuba Skinny by Tuba Skinny</a>

<a href="http://tubaskinny.bandcamp.com/album/tubaskinny">Tubaskinny by Tuba Skinny</a>

mardi 5 octobre 2010

New Orleans

New Orleans was sooooooooooo amazing. Can't believe how amazing it was. The place is blessed by the sound of jazz. Incredible. More to come about it. For now pictures and video !


New Orleans ULHS 2010


The Northern Lights performance (feat me :-) ) :

dimanche 29 août 2010

Blogs de la semaine No. 1

Je vais commencer une série hebdomadaire de présentations de "Blog de la semaine". Ma liste d'update RSS s'est allongée ces derniers temps et j'ai eu envie que toutes ces web-découvertes soient partagées en public ! Il s'agit généralement de blog sur la mode et le design. J'en ai trouvé d'autres sur la danse et sur la sociologie. Chaque chose en son temps. En voici un premier :
Le street fashion selon STREETFSN
C'est un site d'un photographe de mode coréen qui dit s'intéresser non seulement aux modes vestimentaires des individus qu'il croise dans la rue (à Seoul, Paris, NYC, Barcelone, Milan, Tokyo...), mais également à la manière d'être qui émane de leur présence. La créativité de l'apparence est à la fois matérielle et sociale, interpersonnelle.
J'ai été particulièrement attirée par ses photos de la mode coréenne. Non pas qu'elle soit particulièrement différente de ce qu'on peut voir partout ailleurs, mais tout simplement parce qu'elle est portée par des Coréens, ce qui fait toute la différence en terme d'apparaître, d'univers et d'atmosphère visuels.

samedi 28 août 2010

The Evolution of Lindy Hop

At the International Lindy Hop Championships last week-end, the most memorable moment has been, for many of the people attending the event, the number performed by one very popular couple Andrew Thigpen and Karen Turman. The piece was called "The evolution of Lindy Hop".
Not only it is very funny, it also takes you on a real trip through all the eras, the people, the styles, that made lindy hop what it is today, some we regret and still inspire us, some we really don't. HA- hA.
But anyway, it gives a good idea of what it is all about. Enjoy ! :



Andrew put together a youtube playlist that will allow you to see by yourself the whole evolution of the dance, with all the original videos they are referring to in the routine, starting from the very beginning back in the 30's until more recent footage from the 80's, 90', and the 00's. You can change videos and skip to the next ones clicking on the arrows on each side of the screen.

mercredi 25 août 2010

International Lindy Hop Championships 2010

Last week-end, I was home, in Montreal, working on my PhD exam, but some others were in Washington DC having a blast and watching live these amazing performances.
I think Max and Annie are the WORLD Best couple for this category : Showcase. Yes, I mean it. Aerials, precision, musicality, sense of performance and innovation, everything concerning choreographing and performing a truly killing routine.
Watch this :



And now, some of the other bests :



And now.... :-) 2 of my buddies Alain Wong and Amanda Fong. Very cool routine !



And my favorite team of all, because most are my friends and because I look up to them a lot :
The Northern Lights ! (feat. from left to right: Adrian Warnock Graham & Christina Rooney, Alain Wong & Catherine Desjardins, Joshua Welter & Mélanie Huot-Lavoix, Aleix Prat Ferrer & Sylwia Bielec, Eric Bertrand & Nardia Tonge [and not dancing this time, Caroline Rossi, Lunou Sansom-Poireau, Alain Fragman and Angga]).

jeudi 19 août 2010

Coup de foudre

Mes style - coups de foudre n'ont finalement jamais changé depuis mes 12 ans, jeans déchiré, grunge romantique, allure de danseuse, les uniformes scolaires, les fleurs, les superpositions, les grosses chaussettes, les bottes lourdes et solide, le rouge à lèvre rouge, les yeux noircies, les ados "Nirvana" de Aulot, Armelle et autres "grandes soeurs" nonchalamment super stylées.
J'ai trouvé le blog d'une photographe qui concentre tous les styles qui me donnent des papillons dans le ventre. Rhaaa, la littérature vestimentaire, mon autre grand amour.





 Et regardez ces collants !!!!!! Prochaine paye, je me les offre !!!


http://www.constance-victoria.blogspot.com/
http://lookbook.nu/my_looks/35193-Constance-V#more

vendredi 30 juillet 2010

Pensées du soir

J'ai beaucoup hésité à l'idée de faire une thèse sur la danse swing. J'essayais d'imaginer le moyen d'associer mes thèmes de prédilection avec ce terrain particulier, associer les problématiques du minoritaire, du marginal, avec l'historique de cette danse née dans le berceau de la communauté noire de New York au début du siècle dernier, Harlem, Savoy Ballroom, ou encore dans le Sud, terre de ségrégation et de jazz, en Louisiane, New Orleans. Mais qu'est-ce que la danse swing a à voir avec l'oppression aujourd'hui ? Les danseurs sont souvent de classe aisées et de haut niveau d'éducation. Ils voyagent, participent à des stages, des compétitions, des événements relativement coûteux dans l'ensemble. En apparence, il s'agit d'une écrasante majorité de visages pâles. Bien que "l'esprit", les "valeurs", la culture défendus et proclamés par ces communautés de danseurs participent d'une morale, d'une volonté de justice, de partage, d'intégration, de joie collective qui n'est pas sans rappeler les réalités sociales d'antan (le Savoy Ballroom était l'un des seuls lieux sociaux où pouvaient un instant tomber les barrières de la ségrégation raciale), le swing ne vit plus de son souffle d'émancipation.

Ce soir, je me suis posé une question. Et pour ne pas oublier, garder en note, et partager la pensée du soir, la voici un peu brute-brouillon : 
Que signifie cette résurgence du passé ? Pourquoi tant d'intérêt pour le "vintage" ? Les blogs, la mode, les boutiques online (etsy), la photographie, sont emprunts de nostalgie, de douceurs romantiques des années passées. Je visitais hier le blog d'une photographe mettant en scène une ménagère des années 50, certes dans une atmosphère un peu décalée, parfois légèrement trash, mais surtout, surtout, romantique, mélancolique, très "féminin". On oublie la révolution féministe pour le plaisir des robes cintrées, des couleurs pastel, du plastique et de la porcelaine. On célèbre Marie-Antoinette et sa garde-robe, les romances discrètes des romans de Jane Austen. Nous sommes dans une sorte de génération revival aigre-douce-heureuse, bonne enfant, fleurie, narcissique, rêveuse, communautaire, individualiste.

Je me souviens d'une critique faite par un inconnu, un soir où on parlait musique, et que j'évoquais mon intérêt pour le jazz et le swing des années 30-40. C'est une musique du passé, il faut regarder vers l'avenir. Moi j'aime l'électro, me disait-il, ça c'est la musique de notre temps, de notre génération. Je le regardais dépitée. Mais le jazz, c'est immortel, pourquoi rejetée quelque chose qui a tant de génie ?
Mais ainsi, on peut se poser la question pour la danse swing. Pourquoi faire renaître une danse qui ne se dansait plus, apprendre, copier, reproduire ce qui se faisait il y a 80 ans ? Quelle innovation créative cela apporte-t-il ? Qu'est-ce que cette danse sans son contexte social ? Quelle politique créatrice peut-il en surgir ?

Bon, il est tard, je vais me coucher.

jeudi 22 juillet 2010

Collection d'image : New Orleans

En attendant l'ULHS et New Orleans, je me nourris d'images (@flickr). La perspective du voyage relève encore du fantasme. New Orleans, land of dreams... La Louisiane. J'ai l'impression de bientôt pénétrer dans le réel de l'imaginaire, comme dans un film en technicolor. J'ai hâte de voir les visages, d'entendre la musique, de danser aux battements de coeur des street jazz band de Nola (New Orleans LouisiAna - aka NOLA). Aye aye aye, madre mia ! I wanna be there already !
Grandpa Elliot
@http://onelovephoto.typepad.com/
Grandpa Elliot
@Jørn Veberg

@Denis Radenkovic
@Irene2005


@asdamick

New Orleans, Jackson Square, French Quarter
@kparkerphotography



Sour Mash Hug Band
@ Johnny Shaw


Amorce de réflexion

Bobby White, instructeur de danse, dit ceci du rôle de la cavalière :
"A follower’s goal should be to give exactly what the leader’s asking for. (...) A great follower is someone who can dance like a feather or a lead zeppelin, depending on what the lead requests at that moment."
Sharon Davis & Juan Villafane
(@flickr Sharon Davis)
C'est une grande habilité, il est vrai, que de savoir s'adapter à toutes les conditions, et de produire une danse dont les rôles de guidage/suivi semblent s'estomper au profit d'une danse à deux fluide et à l'apparence naturellement connectée. 
... Mais la qualité d'une danseuse est-elle principalement définie par sa capacité à répondre à la demande ? Traduite dans mes propres représentations, cette phrase me donne envie de pousser une gueulante.
Mais comment donc échapper à cette foutue impression de domination, de rapport de pouvoir, d'actif/passif ? Où se trouve l'espace libre, créatif, musical des deux partenaires ? Comment rester disponible au guidage tout en étant également disponible à sa propre inspiration ?

lundi 12 juillet 2010

Home Sweet Home

Fin installée. J'ai emménagé le 3 juillet dans le quartier de Rosemont et quitté le trendy Plateau. Je suis HEUREUSE dans mon nouvel appart !!! Je vis avec 3 colocataires, dont 1, Gaby, vit quasi 90% chez sa copine. François est en France jusqu'à la fin juillet. Reste Brian qui sous-loue sa chambre, et Graham. Gaby et François sont au Doc d'ingénierie électronique. Brian vient d'Ottawa. Il est en maîtrise et travaille dans le même labo. Apparemment, ils font leurs recherches sur la connectivité sans fil. Graham a emménagé 3 semaines avant moi. C'est un jeune gymnaste de Vancouver qui commence son premier cycle universitaire en Études Internationales à l'UdeM.
Ma chambre est assez grande. Et puis j'ai de la lumière !! Mes nouveaux meubles sont extra. Merci Merci Merci à mes amis du Cat's qui ont fourni la quasi totalité de ce dont j'avais besoin. La chambre est un peu isolée de celle des autres, ce qui fait que je ne dérange quasiment personne quand je rentre tard la nuit. La salle de bain est proche d'aucune des chambres donc là aussi, je peux me doucher à toute heure. Quel soulagement après un an "chez" mon colocataire. Je passais mon temps dans ma chambre, à mon bureau, à manger, écouter de la musique, regarder des films, ... de mon bureau pour ne pas trop envahir son espace. Sommeil léger et salle de bain proche de sa chambre ouverte pour les chats, je le réveillais systématiquement en rentrant des soirées de danse. Pas moyen de vivre tranquillement. Le Plateau va néanmoins me manquer. J'avais la meilleure boulangerie de la ville à deux coins de rue. Le quartier était très beau, fleuri, plein d'arbres et très agréable, sans compter que toute l'animation de la ville se déroule là.

Mais Rosemont a son charme aussi. J'ai un grand supermarché asiatique à 2 blocs. No comment, c'est juste parfait ! Plus besoin de descendre au quartier chinois pour mes 10kg de riz. Le marché Jean Talon est à 10min à pied. Le plus grand marché de la ville avec tous ses produits frais. Et 2 des 3 écoles de swing sont localisées dans le quartier, plus le Petit Medley du mardi soir.

Un grand grand merci à Aleix qui m'a aidé à déménager, qui m'a accompagnée partout et qui a fait la plus grande partie de la peinture ! Merci à Patrick Szmidt de m'avoir prêté sa voiture toute neuve pour déménager. Et merci à Alain et Jenn Fragman, et à Sylwia Bielec et Adrian Warnock-Graham d'avoir rempli ma chambre de tout le nécessaire. Merci mille fois !!!


Les photos sont accessibles sur le compte Picasa. Cliquez sur la photo et vous serez redirigé :

samedi 26 juin 2010

Publiée !

La revue est sortie ! The revue has been printed and published !
Sociologie et Société 42-1 2010
Le format électronique de la revue est intégralement disponible à ces adresses :
ww.pum.umontreal.ca/ca/socsoc.htm 
http://www.erudit.org/revue/socsoc/2010/v42/n1/index.html

dimanche 30 mai 2010

Connexion Crew at the Canadian Swing Championships 2010


CNX at the Canadian Swing Championships 2010 from Anaïs SEKINE on Vimeo.

Another routine from the swing connexion staff. Choreographed by Mickey Fortanasce and Dominique Blouin. This is a different swing dance called Balboa. So the team is called Balboa Connexion. And I really like this, it's delightful :-), but really ! It got 4th place at the competition among 16 others. (We got 7th with CNX).

Balboa Connexion (BCX) at the Canadian Swing Championships 2010 from Anaïs SEKINE on Vimeo.

jeudi 20 mai 2010

SCX fundraising show

One week before the Canadian Swing Championships, we presented our team routine at the annual Swing Connexion's fundraising show.
Here is the video :

SCX fundraising show 15/05/2010 from Anaïs SEKINE on Vimeo.

It was my very first team presentation ever, and my first aerials I've been training for for a few months. The first one is called a mop. It's not really an aerial per se, as we fall directly on the floor. The second one is a pancake. I'll let you make your own image of it. And the last one is a dive. My left foot still hurts. It seems easy, but it's not. I hate it. I fell like a stone, with all my weight, on my feet many times, making an echo inside my leg bones. But anyway, it's getting better and I'm very proud. I never thought I'd be doing aerials in my life. But I'm not bad at it. So let's push it forward.
I'll be leaving tomorrow to the CSC2010 for a few days of competitions. Wish me luck !

samedi 1 mai 2010

My super dupper Inspiration Class

A few were absent for the last class unfortunately, like my partner Aleix... (seriously Aleix...). But I love this picture ! I miss my students already. It was a really good class.

lundi 19 avril 2010

Saskia Sassen : La Globalisation, une sociologie (2009)

La globalisation. Une sociologie (2009) est un des derniers ouvrages publiés de Saskia Sassen (paru en 2007 en anglais). À l’appui de plus d’une vingtaine d’années de recherche sur les phénomènes de la globalisation, et d’un corpus de littérature sociologique conséquent, Sassen propose de réélaborer et de renouveler les cadres conceptuels de la sociologie pour l’adapter aux nouvelles conditions apportées par la globalisation. Ainsi, chacun de ces arguments est apporté à l’intérieur d’un large champ de recherche (voir l’étendue de sa bibliographie), lui permettant à la fois de situer son propos et d’ancrer sa modélisation à partir d’un terrain théorique. Les nouvelles conditions de la globalisation concernent en particulier la définition du rôle des États nationaux et la progressive dénationalisation de ses éléments constitutifs, l’émergence de nouveaux sites stratégiques et la déstabilisation des catégories traditionnelles d’analyse des sociétés, comme les échelles de grandeur, la notion d’espace, la ville, les classes sociales, l’acteur ou l’action politique. L’étude de la globalisation appelle à un examen approfondi de ses concepts et de ses modèles et à une évaluation fine de ce qui relève des phénomènes anciens et des transformations réelles afin d’identifier les caractéristiques propres à la globalisation. C’est un véritable travail de minutie et de compréhension de ce que Sassen appelle « l’histoire en train de se faire » (p. 223).

Dans l’imaginaire commun, la globalisation est un système d’interdépendance entre plusieurs localités, la constitution d’institutions globales dans le domaine économique, juridique et des relations internationales. Les craintes que l’on peut observer dans les discours sont l’effacement du national au profit d’un hyper-libéralisme, conduisant à une perte de contrôle généralisé, à des délocalisations massives, à la privatisation et à la précarité des petites entreprises à échelle locale. Le rôle de l’État dans la globalisation est souvent réduit à son adaptabilité à prendre part à l’économie globale, victime et impuissante face à la puissance d’une super-sphère mondiale. Dans la littérature savante, on oscille entre savoir si la globalisation est réellement un phénomène nouveau ou conclure par une adaptabilité des États aux nouvelles nécessités, sans pour autant problématiser la place nouvelle de l’État et du national dans la dynamique globale. Pour Sassen, la globalisation est, sous plusieurs aspects, un phénomène inédit, pleinement investi par le local (l’État nation, le territoire, les acteurs locaux) sans lequel elle ne pourrait être pensée. C’est pourquoi les sciences sociales doivent dès à présent s’atteler à la saisir.

Sassen distingue cinq domaines privilégiés d’études de la globalisation. Dans un premier temps, elle balise le premier terrain critique de la globalisation, c’est-à-dire l’économie globale, les réseaux numérisés privés et réservés, et les grands mouvements financiers qui transitent par ce moyen. Ensuite, elle se consacre à la « ville globale » comme site stratégique de la globalisation. Auteure de cette formulation, Sassen avait déjà publié des ouvrages largement diffusés dans le milieu académique sur ce sujet (cf. The Global City: New York, London, Tokyo, 1991 et Cities in a World Economy, 1994). Le troisième axe d’analyse porte sur les migrations internationales et des réseaux de travailleurs légaux et illégaux (cf. Guests and Aliens, 2000). Dans un quatrième temps, Sassen identifie trois principales classes globales, et enfin, elle termine par l’explication des nouveaux modes d’action politique et de la tension qu’ils exercent à la frontière entre le local et le global.

L’ensemble de ces terrains se rejoignent sur quelques éléments fondamentaux, à savoir le caractère endogène et local de la dynamique globale d’une part et la dénationalisation de ce qui a été, continue à être et à être représenté comme national d’autre part. Ces deux éléments participent d’un réarbitrage des échelles de mesure, désintégrant les relations d’équivalence entre le local/global et le proche/lointain, ou encore l’ordre vertical de grandeur allant du local au régional, au national, puis à l’international. Sassen introduit l’idée de simultanéité des échelles multiples et insiste sur la nécessité de reconceptualiser le national.
Dans la globalisation, l’État, en l’occurrence, ne peut plus être défini comme étant une « organisation exerçant un pouvoir politique et imposant la coopération au sein d’un territoire limité » (p. 55). L’État est un acteur essentiel et constituant de la globalisation et de ses réseaux interfrontaliers, un « site stratégique » occupant un rôle clé dans l’implantation du global sur le territoire national. Il doit négocier les conditions favorables à la réalisation de l’économie globale, dont les standards, il faut préciser, sont majoritairement « occidentaux » et élaborés dans la région nord-atlantique. L’État national incorpore ainsi le global et fournit le terrain des négociations particulières entre les acteurs globaux. Ce type d’investissement étatique à des activités interfrontalières n’est pas nouveau, puisqu’il s’observe abondamment dans la période coloniale. Ce qui diffère toutefois des comptoirs coloniaux et des villes-monde de l’impérialisme, c’est l’éclosion d’espaces que Sassen appelle les « villes globales », et qui sont les principaux centres d’activité, d’organisation et de production de la dynamique globale à échelle locale. Pour Sassen, la spécificité des villes globales : « c’est la coexistence de réseaux multiples et leur intensité, leur complexité et leur portée globale (…) une grande partie de ce que nous vivons et représentons au niveau local se révèle être un micro-événement à portée globale » (pp. 203-204). C’est pourquoi la ville globale est un laboratoire privilégié d’observation des phénomènes globaux. Elle est au cœur des transformations et brasse en son sein une grande multiplicité d’acteurs, allant des élites transnationales aux populations marginalisées, centre du pouvoir économique et des flux financiers, creuset de la diversité culturelle, des inégalités, des revendications, et principale hôte des vagues migratoires. Elle présente une nouvelle géographie de la centralité et de la marginalité. Elle accumule les pouvoirs économiques et occasionne notamment le déclin des anciennes villes industrielles et réorganise ainsi les territoires nationaux. Les inégalités y sont démesurées, entre les bénéfices atteints dans les emplois hautement qualifiés et la précarité critique des professions subalternes, les entreprises à superprofits et la survie délicate des entreprises à moindre profit. Les moyens informels de survivance adoptés par celles-ci participent à la réorganisation des pratiques de consommations et des mœurs socio-économiques.

La globalisation engendre ainsi des classes sociales globales, économiquement et fonctionnellement différenciées. Sassen insiste sur le fait que ces classes sont également implantées dans le contexte national, mais étant donné leur spécificité globale, elles sont partiellement dénationalisées. La « classe moyenne » classique, par exemple, est peu concernée par l’activité globale et reste une catégorie proprement nationale. Les classes globales sont en premier lieu, celle des dirigeants et experts économiques transnationaux, rassemblés sous le terme d’« élites transnationales ». Cette classe opère dans et sur l’infrastructure de l’économie d’entreprise globalisée, une infrastructure physique (aéroport, hôtel, bureau etc.) et légale (visa) disponibles, et devant être disponibles, dans n’importe quel lieu de son activité. Elle se situe ainsi dans une position intermédiaire entre le national et le global. En deuxième lieu, il y a la classe des réseaux transnationaux de responsables gouvernementaux, (juges, fonctionnaires de l’immigration, responsables de la police etc.). Ce sont les principaux acteurs de régulation des standards et de compatibilités internationaux. La dernière classe est celle des travailleurs désavantagés ou pauvres et d’activistes (réseaux diasporiques, immigrants transnationaux, …). Bien que contraints à l’immobilité, ils sont, pour Sassen, un terrain privilégié d’observation des nouvelles formes d’engagement politique et civique globales. Chacune de ces classes est fortement localisée et maintient une tension entre le local et le global, le national et la dénationalisation de ses activités. Cette classification amène Sassen à penser que c’est en haut et en bas de l’échelle sociale que l’État a « desserré son emprise sur la formation de l’expérience de l’appartenance et de l’identité » (p. 180).

Les conditions de l’immigration reproduisent la composition des emplois à bas salaire et les représentations légitimées de cette dévalorisation. Cette informalité et cette flexibilité configurent aussi des pratiques et des comportements sociaux spécifiques aux villes globales. Sassen se demande quels sont les facteurs décisifs qui poussent ces travailleurs défavorisés de la globalisation à l’émigration. À quel moment la pauvreté devient-elle une raison suffisante pour l’émigration ? Le postcolonialisme fournit une explication importante de la nature de la composition des immigrés dans les villes. C’est pourquoi il est important de s’intéresser aux conséquences du colonialisme à l’intérieur-même des pays d’émigration. Le démantèlement des organisations internes des sociétés colonisées (cf. Abdelmalek Sayad) et l’occidentalisation de leur système politique, social (éducation) et économique a causé un lien d’interdépendance considérable entre les pays (cf. Stuart Hall). L’hégémonie du système des études supérieures occidental ou encore la présence de grandes entreprises étrangères dans les pays d’émigration explique aussi la destination choisie par les émigrants, créant aussi des liens d’interdépendance économique. Il existe surtout des réseaux légaux et illégaux de recrutement et d’exportation organisée de travailleurs entre les différents pays dont la globalisation a accentué l’ampleur. La dissociation en termes de pays exportateurs ou importateurs de main d’œuvre organise durablement les rapports de pouvoir et de domination dans leurs régions d’influence. Sassen décrit la situation et les conditions spécifiques de ces recrutements en donnant des exemples concrets du trafic de personnes et de leur exploitation légale (recrutement d’infirmières philippines pour les Etats-Unis ; recrutement de femmes philippines pour des agences matrimoniales japonaises ou pour l’industrie du « divertissement », c’est-à-dire du sexe et de la prostitution) et illégale (trafic de femmes pour le commerce du sexe).

Sassen introduit une analyse genrée du phénomène de la globalisation. Elle insiste sur la place différenciée des femmes immigrantes et la différenciation genrée du travail et de la culture du travail dans les villes globales. Si l’on considère la place originelle de ces femmes dans leur pays de provenance, l’accès à des emplois rémunérés et à l’espace public, leur contrôle sur le budget du ménage et leur recours aux services publics ont des effets importants sur leurs rapports aux hommes et sur leur prise d’autonomie. La ville globale est donc aussi un espace où se forment des activismes communautaires spécifiquement féminins et une visibilité accrue des femmes de l’immigration (pp. 126-128).

L’immigration, notamment postcoloniale, donne aussi la possibilité d’une ouverture économique, politique et culturelle transnationale. C’est ainsi que les cultures mondiales se déterritorialisent et se reterritorialisent et composent les figures constamment renouvelées de l’altérité. En effet, les migrations internationales problématisent aussi l’idée de culture majoritaire et minoritaire tant la variable « ethnique » est omniprésente dans la culture urbaine. Cette altérité met en évidence les rapports de pouvoir qui la constitue et confirme la pertinence des études postcoloniales à l’intérieur d’une sociologie de la globalisation. Cette effervescence culturelle trouble les notions d’identité et d’appartenance nationale, et permet aussi l’apparition de nouvelles formes politiques, de revendication et de résistance au delà de la culture et de l’identité, dénationalisées. La construction d’un « imaginaire global » est aussi la possibilité pour les « désavantagés » de prendre part à la politique globale et de devenir des « acteurs globaux ». Le medium privilégié de cette action politique est la généralisation de l’accès à l’internet. En effet, mis à part les villes globales et les territoires nationaux, un autre espace-clé de la mondialisation est l’espace numérisé. Il existe deux sortes de réseaux : les réseaux privés et réservés de la finance globale qui apporte des problématiques nouvelles à l’autorité étatique et à sa déviation ; et les réseaux publics accessibles à tout un chacun. Ces nouvelles techniques d’information et de communication permettent aux organisations, aux collectivités et aux individus informels et/ou démunis, invisibles à l’intérieur d’un État national, de trouver une voix dans la nouvelle infrastructure de la « société civile globale » et d’entrer en confrontation avec des acteurs globaux légitimes et institués tels que l’OMC, le FMI et les entreprises multinationales. Cette nouvelle plateforme d’expression civique crée une forme d’interaction à échelles multiples, bouleverse la hiérarchie verticale classique du politique et participe d’une nouvelle « géographie économique de la centralité » (la ville globale) qui « court-circuite les frontières nationales, et de plus en plus, l’opposition Nord-Sud » (p. 203). Tout au long de ce dernier chapitre, Sassen ouvre ainsi des voies pour une recherche approfondie sur l’émergence de nouvelles formes d’action politique rendues possibles par la globalisation.

Commentaires critiques

Pour décrire l’étude de la globalisation, Sassen emploie l’image d’un « animal qui rôde » (p. 223), comme une présence que l’on ne parvient pas à saisir tout à fait. La globalisation est à la fois palpable, matérialisée, visible, et incommensurable. Il y a de la démesure dans la nature de cet objet d’étude que Sassen parvient pourtant à synthétiser avec brio. L’ensemble de l’ouvrage démontre le labeur de l’analyse sociologique et du réexamen constant de ses catégories d’analyse. La globalisation est un domaine d’étude difficile par sa nouveauté et par son actualité. En cela, elle est un objet sociologique par excellence.

Après l’introduction, Sassen prend le risque de commencer par un chapitre ardu sur l’État et l’économie globale, qui a la forte propension à perdre un lecteur peu accoutumé au domaine économique. Pourtant, dans la suite de son analyse, Sassen est d’une étonnante clarté. Chaque chapitre complète, éclaire et complexifie le précédent et témoigne d’une grande maîtrise du sujet. Il y a un fil conducteur qui relie et centre la lecture par un retour répété aux thèses centrales de son étude.

Un aspect notable et intéressant de son analyse est l’intérêt récurrent porté à la condition différenciée des femmes dans le processus migratoire et dans leur rôle social, à l’intérieur des classes défavorisées et du système global. Sassen ne fait pas de parallèle avec une condition spécifique des hommes, ce qui m’amène à supposer qu’elle prend pour acquis que l’histoire générale, non différenciée, est en grande partie une histoire androcentrique. Bien qu’il y ait indubitablement une spécificité toute masculine des conditions sociales de la migration et des classes défavorisées, c’est sur la condition des femmes que Sassen a décidé de consacrer plusieurs paragraphes, sans justifier plus en détail les raisons de cette mise en relief. Sassen s’appuyant constamment sur le corpus sociologique disponible, on pourrait également supposer que la condition spécifique des femmes a fait l’objet de nombreuses recherches que Sassen restitue ainsi dans sa propre modélisation. Quoi qu’il en soit, la fréquence des chapitres consacrés à l’histoire des femmes et à leurs conditions spécifiques dans de nombreux ouvrages académiques permet d’intégrer peu à peu ce point de vue oublié des récits savants dans l’imaginaire des chercheurs et de leurs publics.

La critique que j’apporterai à ce livre concerne le chapitre sur les acteurs locaux dans la politique globale (chapitre 6). La lecture que propose Sassen des nouvelles formes et des nouvelles possibilités de l’action politique des acteurs locaux, et donc aussi des acteurs généralement défavorisés et invisibles dans les structures traditionnelles de l’État-nation, me semble, de prime abord, idéaliste. Sassen se base principalement sur le medium de l’internet, comme tremplin de participation aux luttes globales. À l’échelle globale, en effet, cette possibilité s’est sans doute affirmée et confirmée mainte fois dans les réseaux d’activistes et dans des luttes spécifiques telles que l’altermondialisme, l’écologie, le droit d’asile, la protection des enfants, les rebellions régionales ou internationales etc.. Ses arguments semblent vraisemblables, justifiés à une certaine échelle, mais il manque peut-être un point de vue critique sur ces formes de pouvoir local globalisées. À propos des Kurdes et de leur soudaine reconnaissance comme « diaspora » distincte des Turcs, Sassen écrit :

« Pour moi, ce phénomène indique la possibilité d’un nouveau type de politique centré sur un nouveau type d’acteurs politiques. Ce n’est pas simplement une question d’avoir ou de ne pas avoir du pouvoir. Il existe désormais de nouvelles bases, hybrides, à partir desquelles agir. (…) Tout en étant privés de pouvoir, ces individus et ces groupes acquièrent une présence sur une scène politique et civique plus vaste » (p. 209)

Le contexte est relativement clair. Les activités politiques, les mouvements protestataires, les espaces de visibilité sont situés dans les villes. La lutte pour la reconnaissance est manifeste et s’observe dans la durée. Mais Sassen emploie néanmoins l’échelle de l’individu, qui est à dissocier de l’acteur ou du sujet politique qui suggèrent une collectivité ou une forme idéaltypique de l’individu. Ainsi, on peut se demander comment des individus défavorisés des pays du Sud global peuvent concrètement atteindre une visibilité, se faire entendre et devenir des acteurs. Comment cela se mesure, s’apprécie dans le processus de « l’action en train de se faire » ? Sans compter le facteur matériel et notamment la faible connectivité de l’internet dans le Sud global, comme mentionnée par Sassen (p. 211), comment un analphabète (les villes n’en sont pas exemptes) peut-il se servir d’un ordinateur et accéder à internet ? Par quel processus un individu lambda parvient-il à devenir un acteur global ? Qu’en est-il de la barrière de la langue ? Quels sont les obstacles rencontrés ? Quels sont les rouages de la reconnaissance et des luttes de pouvoir et de resignification dans la globalisation ?

L’ouvrage est la présentation analytique d’un programme de recherche déjà avancé. On regrettera de ne pas voir davantage d’illustrations empiriques de ses recherches que l’on retrouvera peut-être dans ses essais plus thématisés sur le sujet.

mercredi 31 mars 2010

Boston tea party 2010

Boston Tea Party has been a really good event. I feel like I have learned a lot from the dancers there, from their energy and their joy shared with the public along their performances, in the competition, in the jams, on the social dance floor. It's a very expressive dance that uses all levels of energy, from something very intimate and invisible to the spectator's eye to something very extravagant and almost theatrical, taking the stretch to its limits, from ground to air. So of course it catches people's attention and for the best of it.

I've been wondering what was so special about lindy hop, jazz, etc. Boston tea party is a crossover event where both swing and west coast swing dancers are gathered (almost) together in the same place. It's two very different populations, as much as you can expect from people listening to some high 00's pop beat on one side and to the sound of the 20's to 40's jazz on the other side. So of course, there is a big socio-cultural difference. But what about what the dancers like to call the "essence" of their dance, the "values" it expresses ? What can be said about the semiology of the movements, of the technical principles, like stretch, elasticity, bounce, musicality, rhythm, lead and follow, partnership, energy, moving the body as opposed to leading with the limbs ?

It made me think of more general things like judgment, evaluation, understanding and all the intellectual exercises we start doing from this kind of social experience.
Lindy hop is special for what it brings to its dancers and the dynamic that it creates, as opposed or compared to nothing. There is no need to classify or order what's better or worse than any other kind of dance.
There's a lot about the ego in many problems that we can encounter from dancing, because it has to do with the body and often with our inhibitions etc. So I want to focus as much as I can on the sharing and on the joy.

Just before the event, I got a small break down during the pre-competition training. And my friend Alain asked me why I am dancing. This is the kind of question that keeps you on hold for a while. And I think his very own performance during the event with Lunou, along with the large smile on Amanda's face during her highlights, and Veit's passion, and Cathou's sens of risks, and Aleix's smart musicality, love and support, made me realize why. Lindy hop inspires me truthfulness and joyfulness. Because it has this large scale of stretch, it expresses the pursuit of freedom, because it has this rhythmic complexity, it stimulates creativity, because it is based on grounded body positions, it seeks for this "dirtyness" we all love, because it's a couple dance, it is based on partnership, because it has the street, Black social condition background, it carries ethical values. I can go on and on with reasons why I love to dance and want to keep on dancing.
And what I want to work on for myself - because it's not so easy sometimes - , and what I want to transmit to my partners and students and friends of the swing scene, is the way to share all of this, the way to give as much as we can get, and to surpass and surprise ourselves by taking risks.

So here are videos of a late night jam. I'll be at the very end of the 2/2 with Aleix. But the rest of it was pretty amazing.
(Pictures are from Sam Westover (smalls) with Amanda on first picture and Veit on second - and Adam Dau with Cathou (3rd small), and Alain and Lunou)

The Boston Tea Party 2010 Jam Circle 1 of 2 - Lindy Hop Swing Dance Exchange

The Boston Tea Party 2010 Jam Circle 2 of 2 - Lindy Hop Swing Dance Exchange

lundi 8 mars 2010

Un nouveau texte : Le travail de l'artiste selon Pierre-Michel Menger (sociologue)

Le portrait de l’artiste en travailleur (2002) de Pierre-Michel Menger présente une problématique dont le sous-titre « métamorphoses du capitalisme » rend peut-être mieux compte de son contenu. Menger propose une analyse des nouvelles formes et conditions du travail contemporain, dont il fait le parallèle avec les activités artistiques, de création et d’innovation. L’objet de ce livre n’est pas tant l’artiste et la vie créative en eux-mêmes, que les modalités de leur existence dans la société et dans la structuration de l’industrie de l’art. Selon Menger, le créateur est la figure exemplaire du nouveau travailleur. Sa recherche de liberté, traduite en termes de flexibilité et d’hyperflexibilité, d’autonomie, d’origininalité, de nouveauté et d’innovation, relève aujourd’hui de l’avant-garde des modes de production et de relations d’emploi du monde économique contemporain.
« Loin des représentations romantiques, contestataires ou subversives de l’artiste, il faudrait désormais regarder le créateur comme une figure exemplaire du nouveau travailleur, figure à travers laquelle se lisent des transformations aussi décisives que la fragmentation du continent salarial, la poussée des professionnels autonomes, l’amplitude et les ressorts des inégalités contemporaines, la mesure et l’évaluation des compétences ou encore l’individualisation des relations d’emploi. »
 (p. 8). Ainsi, les figures de l’artiste mobilisées dans cet ouvrage concernent tout autant les chanteurs de variétés que les peintres, les scientifiques et les inventeurs de nouvelles technologies ainsi que les intermittents du spectacle qui inclus comédiens et techniciens, et toute autre profession libérale. Selon le moment de la démonstration, l’artiste est un créateur dans le sens le plus large du terme. Il est un entrepreneur de sa propre singularité individuelle. Il est un concepteur, un créateur d’idées dont le capital humain est conditionné par sa capacité de renouvellement. Mais il est aussi un travailleur de l’industrie artistique qui doit répondre aux mêmes conditions, que son travail soit lui-même créatif ou au service de la création. Menger s’attarde toutefois sur quelques nuances dans la nature de certains domaines de créativité, comme les arts et les sciences. La nouveauté d’une œuvre n’est pas dépendante d’une succession d’innovations préalable. L’art s’adresse à un public potentiellement illimité et lui adresse directement son œuvre finale. L’innovation scientifique est définie par l’accumulation des connaissances antérieures. Ses découvertes concernent d’abord la communauté des spécialistes et sont jugées par elle avant d’être transformées dans une forme accessible aux profanes.

Menger identifie ainsi les piliers porteurs de l’activité artistique pour démontrer ensuite la pertinence d’une telle constitution pour répondre au rêve capitaliste et aux attentes du travail contemporain. Il s’agit notamment de l’individualisme et de la recherche de la réalisation de soi où c’est essentiellement l’individu qui se livre au monde avec sa propre contribution et ses propres idées. Le travail de l’artiste célèbre sa singularité et son originalité, mais en mettant ainsi à l’œuvre son propre talent, l’artiste est aussi exposé à une grande précarité. Cette originalité est donc couplée à l’incertitude du processus de création (« lorsqu’un artiste commence une œuvre (…), il sait et ne sait pas ce qu’il va dire » Cornelius Castoriadis, p. 14), mais aussi de la réception de ses œuvres, de la réussite et de la progression sur l’échelle de la cotation. Car un artiste coté n’est jamais assuré de la durabilité de son prestige ou de sa réputation. Ce système de cotation assure un mode de fonctionnement par inégalité dont les écarts peuvent être vertigineux. C’est d’ailleurs cet écart qui alimente l’attractivité de la carrière artistique fondée sur la conquête des hauteurs, de l’étoile de l’Opéra ou de la star de cinéma. Ainsi, l’artiste travailleur a besoin aussi de liberté pour risquer son originalité, et « faire la différence », et donc de flexibilité et de mobilité pour s’adapter aux nécessités de la concurrence.

L’industrie a dû s’adapter tant bien que mal à ce diktat de l’instabilité par un système d’emplois fondé sur la flexibilité et l’hyperflexibilité, des « chômages frictionnels », à tous les niveaux de la hiérarchie, des emplois non qualifiés au plus qualifiés. À cela s’ajoute que pour assurer un bon rendement de production, le système d’organisation requiert un bassin de personnels bien supérieur au nombre de places disponibles, et un bassin de talents sans cesse renouvellé. C’est pourquoi, selon les pays et les systèmes de protections sociales (en France existe un statut particulier pour les « intermittents »), la rémunération est composée d’une base fixe (minima salariaux), d’une partie variable individualisée et d’une part d’intéressement au résultat (p. 64). Le défi des politiques publiques est de trouver les moyens de protéger ses citoyens dans cette économie du risque généralisé (triangle employeur-travailleur-assureur p. 92). Ces conditions sont donc observables à plus grande échelle dans le système économique et professionnel global, par l’analyse des conditions de travail et d’emploi, des politiques publiques contre le chômage ou les transformations du droit du travail qui doit s’adapter aux nouvelles nécessités économiques des plus petites aux plus grandes entreprises. L’insertion des jeunes sur le marché du travail n’est plus caractéristique de la contraction d’un CDD. Les périodes de crise économique montrent la nécessité d’une aptitude à rebondir, à vendre son potentiel et ses capacités de performance et d’adaptabilité, c’est-à-dire aussi une aptitude à l’indépendance et à la responsabilité. Les valeurs sollicitées sont la flexibilité, la polyvalence, la créativité. Parvenir à avoir ce « petit plus » indispensable permet de s’assurer une place de choix. C’est ainsi que se segmente le marché du travail, dans l’inégalité de cette indépendance qui se partage entre ceux qui subissent la perte d’emploi et ceux qui font de cette mobilité, la condition de leur ascension. « Plus la compétence est élevée, plus l’attachement à l’entreprise fait question ». Le travailleur entretien ainsi sa compétitivité.

La quête créative est ainsi constituée de toutes les clés de l’individualisme moderne et réalise le rêve capitaliste. Inégalité et flexibilité sont les deux propriétés que Menger a choisi de mettre en exergue de son analyse sur les métamorphoses du capitalisme.

Le premier chapitre est entièrement consacré à la revue des écrits théoriques sur l’art, les mondes de l’art et le capitalisme, allant de Karl Marx aux personnalités de l’École de Francfort, Daniel Bell ou encore Luc Boltanski. Avant de montrer rigoureusement comment les arts s’intègrent à l’économie malgré leur apparent caractère d’exceptionnalité, Menger s’intéresse aux traditions de pensée qui érigent l’activité créatrice en idéal d’émancipation extraéconomique. Marx oppose le travail libre et le travail aliéné, l’activité artistique étant :
« conçue comme le modèle du travail non aliéné par lequel le sujet s’accomplit dans la plénitude de sa liberté en exprimant les forces qui font l’essence de son humanité » (p. 13)
L’art est un quotidien et non une monnaie d’échange. Il est un bien bénéfique pour la communauté sociale et non pour le prestige individuel, il contribue à la construction d’un monde meilleur et il est un instrument de critique sociale. Pour Charles Taylor, l’originalité mise en exergue par la création est une célébration de la différence et de la diversité. Pour Adorno et Horkheimer, l’art est rebelle à la domestication, et à l’intérieur du système socio-économique, elle a pour dessein de se situer en contestataire de l’ordre établi. L’art domestiqué devient un intermédiaire, un objet de médiation de l’idéologie dominante. Bell quant à lui déplore la perte du collectif dans le capitalisme hédoniste dont l’artiste devient la figure de proue. La société bourgeoise a investi la contestation en l’institutionnalisant et en déplaçant les valeurs initiales de l’émancipation individuelle et de l’autonomie vers une organisation de la concurrence interindividuelle et de la compétition pour le meilleur gain. L’activité de création différencie, par définition, les individus entre eux, mais elle est aussi soutenue par des mondes de l’art (titre du livre de Howard Becker) qui situe chaque individu sur une échelle de cotation par différents mécanismes de classement. Alors que l’art et l’artiste s’opposaient au conservatisme et à la normativité de la bourgeoisie d’antan, la vie bohème est devenue la norme sociale, où la nouveauté et l’audace sont les exigences quotidiennes du travailleur moderne.

Pour que cette créativité individuelle puisse avoir une valeur attractive sur le marché économique, elle ne peut se satisfaire d’une apologie de la diversité à la manière de Taylor. Menger observe au contraire que le régime des inégalités se donne à voir en spectacle bien plus qu’ailleurs. L’inégalité y est constitutive de la dynamique des trajectoires individuelles.
« L’appareil de mesure des talents et de leurs tarifications fournit, sous l’apparence indolore et excitante d’une piste aux étoiles, l’apologie la plus étonnante de la concurrence individuelle »
Nulle part ailleurs que dans l’industrie du talent, on ne voit autant de palmarès, de prix, de hit parade. Menger fait mainte fois références aux jeux télévisés et autres téléréalités mettant en scène de jeunes talents concourant pour le titre d’artiste star (chanson, danse, etc.). Démocratique en apparence, ces jeux montrent les rouages des mécanismes de captation de l’audimat, de légitimation des talents (travail, endurance, mérite), mais aussi de l’éveil du désir, d’identification à cette place d’adulation et de reconnaissance. Les résultats de ces jeux démontrent bien la manipulation des principes d’inégalité et d’imprévisible. À talent égal, deux artistes peuvent se retrouver à des positions de carrière diamétralement opposées, comme deux candidats d’une finale d’un concours télévisé. L’un sera propulsé momentanément sous les feux de la gloire, et l’autre repartira dans l’oubli. Les succès vont et viennent, « les réputations durables sont exceptionnelles au regard du nombre des réussites éphémères » (p. 46). Le public est en demande de nouveauté, de renouvellement. L’accumulation de projets à succès n’offre qu’une garantie relative. Certes, c’est un capital cumulable sur lequel se bâtit une réputation. Cette réputation est un signal nécessaire pour le consommateur et un identifiant pour la communauté professionnelle. En effet, la communauté fonctionne en système de « cooptation » : aux artistes de talents sont associés les meilleurs talents professionnels. Mais liées par aucune contrainte de durée, les coopérations sont une succession de relations réitérées ou occasionnelles, mais toujours incertaines. Le quotidien des artistes est celui de la mobilité, du court terme et de la gestion des risques. Les rémunérations vont de pair avec l’écart des inégalités et atteignent des sommes astronomiques aux places les plus convoitées, comme pour donner un sens à la précarité constitutive d’un tel marché. C’est ce système des stars, similaire aux jeux de loterie, qui explique le vivier toujours plus florissant des candidats à la vie bohème. Mais une réputation acquise est une réputation toujours susceptible d’être perdue et fragilisée par les nouveaux arrivants. L’analyse bourdieusienne des trajectoires ne parvient pas à expliquer cette part d’indéfini du succès. Il reste une grande part d’inexpliqué dans la réussite et l’échec, l’arrivée et le départ de l’avant-scène des uns et des autres. Cette incertitude est ce qui distingue les mondes de l’art des autres mondes écononomiques.

Critiques adressées à l'ouvrage :
La difficulté de ce livre se trouve, d’une part, dans l’écriture inutilement dure et complexe de l’auteur, peut être due à une technicité théorique ou à un style plus proche des économistes ou de la littérature managériale à laquelle il fait référence à quelques reprises. Toutefois, ce livre m’a posé problème, d’autre part, dans une impression de frustration d’un sujet manqué. Je situerai la raison de cette impression à l’endroit du titre de l’ouvrage. En effet, l’artiste est très vaguement défini dans l’ouvrage. Menger passe du domaine intellectuel aux interprètes de variétés, des sportifs de compétitions aux médecins et autres professions libérales. La comparaison des domaines d’activité est intéressante, et permet, dans leur grande diversité, de voir une communauté de conditions et de pratiques propres aux dynamiques économiques contemporaines. Menger parvient au bout du compte à démontrer son point de vue et à le rendre convaincant. Il manque néanmoins une cohérence dans la nature des mondes en présence. L’artiste travailleur est en effet confronté et associé à toute une composition institutionnelle, communicationnelle, entrepreunariale, mais s’agit-il toujours du travail de l’artiste ou bien du travail de ses médiateurs ? Le travail d’un artiste n’est-il mesurable qu’à partir de ses succès et échecs, à partir de ses inégalités comparatives et compétitives, à partir de la surface économique de son entreprise ? L’analyse de Menger est essentiellement d’ordre économique, telle qu’elle était, certes, annoncée. Or il considère aussi les mondes de l’art dans ses retranchements, dans ses volontés de position extraéconomique, hors système, dans ses aspirations politiques et contestataires. Dans ce cas, le point de vue de Menger est un point de vue contre un autre point de vue. Qu’en est-il, notamment, de la question de l’individuel et de l’universel ? Menger pose la question à quelques reprises, mais il ne définit par pour autant l’universalité d’un travail artistique dans le système qu’il lui appose. Faudrait-il comprendre que l’accès à la pérennité par la conservation des œuvres dans un musée est un indicateur d’universalité ? Ou encore, que la durabilité de la réputation d’un acteur et son maintien au top 10 des acteurs les mieux payés d’Hollywood est un curseur de légitimité ? Ou encore que la quête de liberté portée par l’idéaltype de l’artiste est une valeur à présent universelle, mais dont la conséquence portée au plus grand nombre est, selon Baudelaire, le « chaos d’une liberté épuisante et stérile » (p. 48). Il me semble que les auteurs que Menger mobilise dans son passage en revue des différentes positions théoriques ont toujours quelque chose à dire, bien que les mondes des arts ne soient plus ceux du XIXe, ni même ceux du XXe siècle. Une sociologie de l’art n’est-elle pas à même de poursuivre une critique de la création « artistique » dans ses dénominations actuelles ? Ne peut-on faire aucune différence entre l’artiste, la pratique artistique, le travail de l’artiste et les champs artistiques ?

Pour l’analyste de l’art Ernst Gombrich, « il doit toujours y avoir au moins un minimum de compétence technique pour que nous puissions parler de réussite artistique. » On pourrait associer à cette définition, la variable de talent avancé par Menger. L’art est une compétence et une performance, une maîtrise technique. Quelle serait alors la différence entre un artiste et un artisan ? Dans l’exemple de l’exhibition des talents par les émissions de télé-réalité-concours, on pourrait se demander ce que cette performance a avoir avec l’art. Les chanteurs interprètent à la chaîne des chansons d’un certain répertoire connu. Ils démontrent leurs compétences et savoir-faire, leur personnalité, leur différence. Les gagnants accèdent à un arsenal économique, communicationnel, professionnel, relationnel pour réaliser leur premier album. Ils sont parfois amenés à être auteurs de leurs propres textes. À considérer le pop art, il ne m’est pas difficile de comprendre l’utilisation des instruments du capitalisme. Or dans ce cas, les candidats n’utilisent pas ces instruments à des fins artistiques, mais comme médiation de leur reconnaissance. Ils sont eux-mêmes les instruments et produits de la chaîne de production. C’est une entreprise artistique de masse. Que ces artistes se disent politiques ou apolitiques, chanteurs pour l’amour de la musique, artistes pour l’amour de l’art, ne peut-on s’arrêter un instant pour s’interroger sur la nature de cet art proclamé ? À la suite des questionnements d’un Walter Benjamin se demandant ce que la reproductibilité technique a fait de l’art, on pourrait s’interroger sur la définition de l’art édifiée par les industries culturelles et les nouvelles métamorphoses du capitalisme. Du point de vue de Menger, c’est une condition de travail qui définirait l’artiste travailleur. La vie d’artiste, « la vie bohème » suffisent-elles à définir un artiste ? Le malaise se situe là, dans une trop grande proximité et identification du tout est accessible, tout est consommable. Le traitement de l’artiste par Menger me donne l’impression d’une confusion, où par l’économique, l’artiste équivaut à tout et à rien.

L’industrie des talents, la célébration de l’individuel singulier, original et unique, le système des performances prises et jetées au gré des « opinions », des goûts et des couleurs donnent-ils même le temps à l’art de l’artiste de se réaliser ? Le temps me semble être une figure oubliée du capitalisme. Les crises de la recherche scientifique, de la reconnaissance des « humanités », des disciplines « inutiles » sont aussi une crise du temps que l’on peut offrir à l’intellect, à la maturation des idées, à la réalisation des enquêtes ethnographiques, à la réalisation d’une œuvre. Ce qui me semblait primordial dans la quête d’un artiste est le sens qu’il donne à ce qu’il fait, quelle que soit sa pratique. Pour Kandinsky : 
« l'artiste doit avoir quelque chose à dire. Sa tâche ne consiste pas à maîtriser la forme, mais à adapter cette forme au contenu » (1)
Cet ouvrage de la pensée et de l’artiste peut-il exister sans le temps ?

(1) Wassily Kandinsky. Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier – Au cœur de la création picturale, 1954, Paris, éd. Denoël, 1969. p.173