vendredi 30 juillet 2010

Pensées du soir

J'ai beaucoup hésité à l'idée de faire une thèse sur la danse swing. J'essayais d'imaginer le moyen d'associer mes thèmes de prédilection avec ce terrain particulier, associer les problématiques du minoritaire, du marginal, avec l'historique de cette danse née dans le berceau de la communauté noire de New York au début du siècle dernier, Harlem, Savoy Ballroom, ou encore dans le Sud, terre de ségrégation et de jazz, en Louisiane, New Orleans. Mais qu'est-ce que la danse swing a à voir avec l'oppression aujourd'hui ? Les danseurs sont souvent de classe aisées et de haut niveau d'éducation. Ils voyagent, participent à des stages, des compétitions, des événements relativement coûteux dans l'ensemble. En apparence, il s'agit d'une écrasante majorité de visages pâles. Bien que "l'esprit", les "valeurs", la culture défendus et proclamés par ces communautés de danseurs participent d'une morale, d'une volonté de justice, de partage, d'intégration, de joie collective qui n'est pas sans rappeler les réalités sociales d'antan (le Savoy Ballroom était l'un des seuls lieux sociaux où pouvaient un instant tomber les barrières de la ségrégation raciale), le swing ne vit plus de son souffle d'émancipation.

Ce soir, je me suis posé une question. Et pour ne pas oublier, garder en note, et partager la pensée du soir, la voici un peu brute-brouillon : 
Que signifie cette résurgence du passé ? Pourquoi tant d'intérêt pour le "vintage" ? Les blogs, la mode, les boutiques online (etsy), la photographie, sont emprunts de nostalgie, de douceurs romantiques des années passées. Je visitais hier le blog d'une photographe mettant en scène une ménagère des années 50, certes dans une atmosphère un peu décalée, parfois légèrement trash, mais surtout, surtout, romantique, mélancolique, très "féminin". On oublie la révolution féministe pour le plaisir des robes cintrées, des couleurs pastel, du plastique et de la porcelaine. On célèbre Marie-Antoinette et sa garde-robe, les romances discrètes des romans de Jane Austen. Nous sommes dans une sorte de génération revival aigre-douce-heureuse, bonne enfant, fleurie, narcissique, rêveuse, communautaire, individualiste.

Je me souviens d'une critique faite par un inconnu, un soir où on parlait musique, et que j'évoquais mon intérêt pour le jazz et le swing des années 30-40. C'est une musique du passé, il faut regarder vers l'avenir. Moi j'aime l'électro, me disait-il, ça c'est la musique de notre temps, de notre génération. Je le regardais dépitée. Mais le jazz, c'est immortel, pourquoi rejetée quelque chose qui a tant de génie ?
Mais ainsi, on peut se poser la question pour la danse swing. Pourquoi faire renaître une danse qui ne se dansait plus, apprendre, copier, reproduire ce qui se faisait il y a 80 ans ? Quelle innovation créative cela apporte-t-il ? Qu'est-ce que cette danse sans son contexte social ? Quelle politique créatrice peut-il en surgir ?

Bon, il est tard, je vais me coucher.

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